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KIA WINDSURFER EUROPEAN CHAMPIONSHIP


  • Attersee, 35 Aufham Aufham, Oberösterreich, 4864 Autriche (carte)

Étape 07 du Windsurfer France Tour 2026.

Le UYCAS (Union Yacht Club Attersee) a organisé le Championnat d’Europe Windsurfer du mardi 26 au dimanche 31 mai 2026 sur le lac Attersee (Autriche)

Jean Michel Pautrec / Champion d’Europe Windsurfer 2026

LE DEBRIEF DE MARIANNE PEYROTTE

Tout commence, comme toujours, par une grande migration. La veille du grand départ, les Bretons quittent leur péninsule en emportant l’essentiel (le beurre salé), une ressource jugée indispensable à la performance sans laquelle aucun résultat sérieux ne saurait être envisagé. Pendant ce temps, Norauto sauve une sudiste d’une crevaison, de surcroît un jour férié, preuve que l’épopée européenne se joue parfois sur une sournoise vis en étoile perforant l'arête d'un pneu sur un parking. Le covoiturage prend toutes les formes imaginables, et on signale un Perpignan-Dijon-Autriche d’une créativité géographique qui force le respect.

26 mai — La cérémonie d’ouverture

Flammkuchen, bière et musique autrichienne en tenue folklorique : le ton est donné, et il est clair que le menu méditerranéen, léger et équilibré, restera au placard pour la semaine. Les autrichiens, généreux, offriront tous les soirs le couvert aux compétiteurs afin de leur permettre de goûter des tas de choses nouvelles, intéressantes et étranges comme la polenta de pain. De l’autre côté de la frontière, ceux restés en France posent LA question existentielle, dubitatifs : « le thermique, ça existe ? ». Cela restera LA question existentielle de la semaine. Sur quoi le Team France, fataliste et assoiffé, entame une première tournée sous la tente locale en guise de méditation.

Tous les modèles météo y passent, scrutés à la loupe, et un maxi à 6 nœuds est annoncé pour 21h le lendemain. Autant dire que la foi des Français dans Windy, Windguru, la météo locale, et les prédictions du comité local va en prendre un coup. Car le thermique, lui, en fera à sa tête : il y en aura, dans toutes les directions, avec toutes les sautes d’humeur possibles, de 2 à 41 nœuds, sous soleil et sous orage. De quoi humilier les algorithmes les plus perfectionnés.

27 mai — Réveil autrichien et premières manches

Les premières lueurs sont là à 4h32 : plus à l’est et sans décalage horaire avec la France, le soleil prend une bonne longueur d’avance. Rien de bien grave, sinon que la culture du volet n’a visiblement jamais traversé la frontière, et que les rideaux légers se révèlent une barrière purement décorative. Les oiseaux, parfaitement au courant de la manœuvre pour déstabiliser les concurrents étrangers, s’en donnent à cœur joie pour tirer les Français du lit. Et quand ça ne suffit pas, la voisine ouvre grand sa fenêtre et tape dans ses mains pour chasser lesdits oiseaux. Bref, à 7h, tout le monde est debout depuis un moment, et à 9h pétantes, comme chaque matin, le briefing commence.

Côté effectifs, le Team France débarque en force avec 12 représentants répartis sur toutes les catégories : 3 chez les Femmes (Isabelle Guénégo, Marianne Peyrotte, Guylaine Chapdelaine), 3 chez les Légers (Bernard Buren, Franck Limonier, Christian Chalumeau), 2 chez les Medium (les deux Thierry, Eude et Cheymol), 2 chez les Medium-Heavy (Jean-Michel Pautrec, Franck Leport) et 2 chez les Lourds (Pierre-Franck Mironneau et Laurent Chapdelaine). Douze tricolores prêts à en découdre, sur tous les fronts et dans tous les gabarits : tous les espoirs sont permis !

Côté vent, les conditions sont éprouvantes : 8 à 15 nœuds, grosses différences de pression et bascules erratiques. Pour situer le niveau de traîtrise du plan d’eau, quand la risée d'avant bascule à droite, celle d'après bascule à gauche, en étant au même endroit. Bruce Kendall, double champion olympique, ne pointe qu’à la 8e place chez les Légers, et le vent piégeux perd bien des stratèges. Côté français, superbe entrée en matière de Jean-Michel Pautrec, 2e des Medium-Heavy, et de Pierre-Franck Mironneau, 2e des Lourds. Bernard Buren se place avec une jolie 5e place chez les Légers, et Isabelle Guénégo accroche la 6e place au général des femmes. Le soir, place au tridem franco-italien, avec deux Chapdelaine à la barre, car la diplomatie internationale se joue aussi dans les temps off. Chaque jour, deux photographes se relaient pour immortaliser tout ça, et le soir venu chacun se retrouve sur grand écran (le lien des photos figure à la fin de l'article).

28 mai — Une seule manche, du freestyle et des nerfs

Au réveil, une fraîche brise matinale de 8-10 nœuds. Les petites bouées téléguidées filent à l’eau toutes seules, tels de petits lutins farceurs, pendant que le comité résume la situation avec un fatalisme tout germanique : il y a du vent, effectivement, « BUT »… que ça ne va pas durer. Après une longue attente sous une pétole de 5 à 8 nœuds, une seule course aura pu être lancée. Jean-Michel Pautrec confirme et reste solidement dans le coup (3e), tandis que pour quelques autres, ce fut clairement une journée à oublier. Le clou de la journée se passe finalement hors des manches officielles avec le freestyle réalisé dans une ambiance potache digne des championnats Windsurfer. Une belle démonstration d'optimisme de Marianne Peyrotte en Free Style, inscrite à la pure motivation et coachée à distance par Céline Bordier qui a listé les figures possibles la veille. Résultat : un premier "shampooing", et une 2e place.

29 mai — La journée « thermique tournant »

16 degrés, grand soleil, et l’espoir d’un petit thermique pour permettre à ceux qui ont souffert la veille de se refaire. À 13h26, le verdict tombe : du vent partout, dans toutes les directions, sur toutes les balises, de 2 à 7 nœuds. Les Français ironisent sur le thermique tournant et calculent qu’en rasant les berges, on pourrait faire le tour du lac sans changer d’amure. La Team France lance alors une OPA hostile sur toutes les chaises longues et attend patiemment son heure… qui ne viendra jamais. Journée off.

30 mai — On y croit (presque) : le raid

À 8h27, une vraie bande de vent apparaît sur le plan d’eau. On peut le dire : des moutons sont de la partie. « BUT » (mais), comme dirait le comité, ça ne va pas durer. Dommage, Windy promettait pourtant 10 à 24 nœuds. Notons ici que notre foi en l'optimisme de Windy en a pris un coup. Le départ se fait réglementairement dans 5 nœuds avec 120 personnes sur la ligne… Alors, oui, rappelons-le, quand on est 120 sur la ligne, choisir de partir là où la densité de coureurs est maximale relève du pari audacieux. Donc tout le monde, ou presque, se rentre dedans en bout de ligne dans ce qui relève alors d'un mikado géant avec beaucoup de cris. Mais, ce n'est pas fini, puisque le vent facétieux laisse en plan tous ceux qui avaient tenté le cadre droit, les privant totalement de vent.  Autant dire que ceux qui sont partis au bout de la ligne puis ont réussi à tourner pour tenter le cadre à droite n'ont pas fait une bonne opération. Bien entendu, il y a quelques italiens pour contester la viabilité d'une telle course : 5 nœuds au départ, pétole, puis parcours raccourci après trois bords, sans la remontée ni le grand portant. Certains perdent beaucoup, beaucoup de places. C'est le cas de Pierre-Franck, avec une manche de second le premier jour, qui ne fait pas une bonne opération. Du côté des stratégies payantes, c’est le jour de Jean-Michel Pautrec : il gagne dans sa catégorie et finit 7e au général, la manche comptant double, et se hisse en tête de son classement. Le soir, le match du PSG occupe les esprits : menés, puis égalisation, puis victoire. Au moins un domaine où nous sommes tous, ensemble, champions.

31 mai — Le sacre, le suspense et un adieu

Dès le matin, le soutien s’organise autour de Jean-Michel : des félicitations nombreuses s’élancent de France. Réponse de l’intéressé, lucide : « Holà, la régate n’est pas finie ! Vu les prévisions du jour, ça peut vite partir en vrille ». La course est serrée, très serrée. Mais rien n’arrête les Français, et les messages d’encouragement déferlent sur l’eau comme à terre, où le soutien inconditionnel s’organise.

Jean-Michel, lui, reste imperturbable lors de la dernière course et finit 1er, à égalité parfaite de points avec David Gessa. Une égalité presque surnaturelle : mêmes places de 1er, de 2e et de 4e que son rival ! Le départage se joue sur un détail. Et ce détail compte, puisque c'est la règle pour discriminer les concurrents à égalité : sa manche retirée (discard) est meilleure que celle de Gessa. Cocorico !

La dernière manche des filles, elle, vire à l’imbroglio total, et n'aura pas légalement lieu : un jury en bateau vient annoncer à quelques-unes que c’est fini sans drapeau, mais pas à toutes, le comité décide de laisser courir, quelqu’un hisse le drapeau d’annulation sans signal sonore pendant quelques secondes puis le rabaisse sur le comité, les femmes terminent la manche… et le comité finit par auto-annuler sa propre manche une fois rentré à terre après l'arrivée sans l'avoir officiellement annoncé sur l'eau. Du grand art réglementaire. Si vous n'avez rien compris à cette explication, il est probable que ce soit le sentiment final de plusieurs femmes aussi.

Ce même jour, Hoyle Schweitzer, l’inventeur de la planche à voile, s’est éteint. Une pensée pour celui sans qui aucun d’entre nous n’aurait jamais glissé sur l’Attersee.

Les trajectoires jour par jour

Évolution de chaque Français par rapport à sa position de départ (Jour 1), dans sa catégorie de poids. Le 29 mai était une journée off. (−) jour par jour, par personne

Places gagnées (+) ou perdues (−) jour par jour, par personne

Le bilan tricolore

Une semaine pleine, capricieuse côté vent mais riche en émotions, qui s’achève sur un titre de champion d’Europe pour Jean-Michel Pautrec et des médailles pour les 3 femmes présentes : Guylaine Chapdelaine 3e en Legend, Isabelle Guénégo est 2e en Grand Master, et Marianne Peyrotte 2e en Master et 2e en Freestyle.
Enfin, quelques belles places fortes : deux Françaises 4e de leur catégorie, Bernard Buren dans le top 5 des Légers, et la plus belle remontée finale pour Thierry Eude (+3 places le dernier jour au regard du 1er). Mention spéciale à Pierre-Franck Mironneau, parti comme une fusée le premier jour avec une manche de 2e puis rattrapé par une longue distance impitoyable.

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